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TEMOIGNAGE:

Publié le par STOP HOMOPHOBIE

TEMOIGNAGE:

TEMOIGNAGE:

Je m'appelle Josselin. J'ai seize ans. Je suis Breton. Je regarde chaque jour avec attention les publications sur facebook de STOP HOMOPHOBIE et j'ai le plus grand respect pour ce que vous menez. Et jamais vous écrire ne m'avait auparavant traversé l'esprit. Mais je suis, de jours en jours, de plus en plus révolté. J'ai pu constater que vous publiiez de temps en temps des témoignages. J'aimerais faire part du mien.

Si aujourd'hui, j'écris, c'est pour parler quelque peu de moi. J'aimerais pouvoir ressentir le bien que cela fait, de se sentir vivre. Aujourd'hui, j'aimerais pouvoir vivre. Aujourd'hui, j'aimerais pouvoir respirer. Aujourd'hui, je fume ma cigarette avec comme seule pensée cette envie de vivre, cette envie d'entendre les oiseaux pour la vie entière, cette envie de sentir le vent dans mes cheveux jusqu'à la fin. Cette envie de pouvoir voir la mer... Cette envie d'aimer. Mais quelque chose cloche. Quelque chose m'emmerde profondément. Je suis un gars hyper torturé. Mes amis et ma mère disent de moi que je suis un garçon très brillant, peut-être un peu réac, passionné, et beau. Peut-être. Mais ce que tous ne savent pas, c'est que je suis également quelqu'un d'extrêmement torturé. Je n'ai pas toujours été ainsi. Moi-même je ne sais pas pourquoi.

Je suis né à Lannion, en Bretagne, le 29 juillet 1996. Enfance très convenable, très heureuse. Je suis depuis tout petit un amoureux de ma patrie, la Bretagne. Dans la famille, nous sommes tous de gauche. Mon père est instituteur, je parle depuis toujours de lui au présent. Ma mère est professeure agrégée d'histoire-géographie. J'ai un petit frère, une grande demi-sœur, et deux grands demi-frères.

Je vis à Lannion depuis douze ans. Début février 2009, j'ai douze ans, ma mère obtient la mutation qu'elle avait demandée pour Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, territoire d'Outre-Mer français. C'est un contrat de deux ans renouvelable une fois, soit quatre ans. Le 9 avril 2008, mon père décède d'un cancer du poumon. Encore aujourd'hui, je ne l'accepte pas. Première étape : formation de la carapace. Voici certainement pourquoi je préfère le présent de l'indicatif. Nous vivons, ma mère mon frère et moi, quatre années relativement plaisantes et paisibles à l'autre bout du monde, sous les cocotiers de l'océan pacifique...

Je me découvre petit à petit. Je découvre que les autres garçons me plaisent. Je découvre que les filles ne me font ni chaud ni froid. Je ne l'accepte pas. Et puis je rencontre T. Un beau gosse à qui tout réussit. Il a tout pour lui. J'ai quatorze ans, lui aussi : il me plaît. Je crois être tombé très amoureux. Nous sommes restés ensemble un mois. Un amour fort, un amour passager. Je lui en veut toujours très fort. Je lui ai fait confiance. Il m'a brisé. Deuxième étape : endurcissement de cette carapace devenue maintenant solide. Je deviens méfiant. Même avec les personnes qui comptent beaucoup pour moi : avec mes amis. La confiance, très peu pour moi. Je me mets à jouer. À jouer avec le fait que je ne suis pas laid. Je manipule à ma façon les garçons, mais aussi les filles.

Pourquoi ai-je encore une cigarette à la bouche, à l'heure à laquelle j'écris ces quelques lignes ? Pourquoi ai-je encore cette amertume ? Pourquoi ce goût ignoble ? Pourquoi cette haine au fond de moi ? Je crois qu'il m'a en fait suffit de m'observer longuement devant un miroir pour savoir qui je suis, pourquoi je suis. C'est mon excellente professeure de Français de ma classe de 1ère L, qui nous l'avait conseillé. Elle voulait que nous nous regardions en face. C'était une très bonne initiative.

T était le seul et unique garçon avait qui je suis sorti. J'ai eu quelques flirts, mais jamais quoi que ce soit de sérieux. Puis j'ai appris à apprécier de nouveau les filles. Je les trouvent belles. Je les aiment. De ce côté là aussi, j'ai eu quelques « aventures ». Puis je me suis senti intéressé par cette fille qui sortait du lot, A. Notre relation a duré quelques mois. Trois, je crois. Nous avons vécu de jolies choses. Mais nous nous sommes tous deux rendus vite compte que nous étions trop différents et que notre relation n'irait pas loin. A se proclame protestante et a clairement et incontestablement un problème avec les bisexuels et homosexuels. Je suis complètement athée parce que très fâché avec la religion et je me qualifie de bisexuel.
Vient alors la troisième étape : nouvel endurcissement de la carapace. Mais je n'ai pu m'empêcher de tomber raide dingue de ce gars, C. Je suis resté muet.

J'ai donc enfin réussi à parler de moi. J'ai l'impression de me découvrir au moment de l'écriture. C'est étrange. Je ne sais pas trop pourquoi avoir écrit cette biographie de l'être insignifiant que je suis. Mais j'en avais besoin. Besoin de dire qui je suis.

Si je suis révolté, si je suis torturé, à cet instant précis, c'est bien pour quelque chose. Pourquoi, moi qui était si heureux de vivre, en ce début de journée, suis-je maintenant las ? Las d'entendre des mots qui n'ont plus de sens, las de voir le monde ? Las de voir un tas de connards à longueur de vie ? Je sais pourquoi. Un ami m'a dit que si je ne m'aimais pas, jamais je ne pourrais aimer les autres. Et je comprends, maintenant. Si je suis incapable de prononcer trois malheureux mots à qui que ce soit, c'est parce que je suis incapable de penser la même chose de moi. Je ne m'aime pas.

Je ne m'aime pas. Et c'est à cause d'eux. Ce n'est pas à cause de moi. Je ne m'aime pas parce que depuis le tout début, je ne peux m'accepter. Je découvre que les garçons m'attirent et je me trouve immédiatement dégoûtant. Et pourquoi ? Parce que le monde nous fait passer, nous, LGBT, pour des êtres anormaux parce que différents. C'est faux. Jamais je n'ai trouvé une personne capable de m'expliquer ce qu'est la normalité, dans le cas présent. Peut-être sommes-nous différents, mais certainement pas anormaux. Il est inacceptable encore aujourd'hui d'entendre cela. L'homosexualité n'est pas contre-nature. L'homosexualité est normale. Elle existe chez tous, et depuis toujours. Nos routes, nos immeubles, nos voitures et nos vêtements, eux, sont contre-natures.
J'ai compris il y a peu que je n'étais pas dégoûtant. Notre orientation sexuelle n'est pas dégoûtante.

Actuellement, la France est divisée en deux. D'une part, les anti-égalité donc anti-mariage et adoption pour tous. De l'autre, les POUR ! L’Église nous insultent. Les nazillons font de même. Ils nous agressent. Les catholiques et les gus de droite menés par ces deux décérébrées de Boutin et Barjot prônent l'inégalité (dans la famille notamment). François HOLLANDE est désespérément mou. Je mets pourtant beaucoup d'espoir en cet homme que j'estime intelligent. Première étape dans ce que certains appellent déjà un renoncement : il accueille les acolytes de Boutin & cie à l’Élysée ce vendredi. La loi DOIT passer, et ce non au nom de ce que Marine LE PEN aime appeler le « lobby gay », mais au nom de l'égalité pour tous. Les homos de France veulent avoir le choix. Notre vie est faite de choix et nous en priver est monstrueux.

Mon père, qui en 2007 avait voté pour Besancenot aux Présidentielles et qui en 68 et dans les années 70 faisait le con sur les toits de Paris serait révolté de voir qu'en 2013, nous en sommes toujours au même point. Révolté de voir tous ces gros cons (parce que je ne trouve pas d'autres qualificatifs) défiler sur le Champ de Mars au nom de conneries sans nom ! Inutile de rappeler depuis quand le mariage et l'adoption pour tous sont tolérés dans des pays comme les Pays-Bas, la Belgique, ou dans des provinces comme le Québec. Le pays des droits de l'homme ne l'est pas.

Mais je reste convaincu qu'il suffit d'un rien. Ce rien nous rendra égaux. Ce rien peut nous rendre égaux. Parce qu'un rien peut suffire à un tout. Soyons solidaires...

Je suis satisfait d'être parvenu à écrire ceci. Et il a fallu d'un rien.

Nous devons nous sentir concernés par ce qu'il se passe actuellement dans notre pays. Ce n'est qu'un minuscule témoignage parmi tant d'autres, mais merci.

Joss'. »

Dessin: Mikl Mayer

http://www.facebook.com/MiklM.DreamStory?ref=ts&fref=ts

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