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Mariage pour tous : la genèse d'une contestation

Publié le par STOP HOMOPHOBIE

Mariage pour tous : la genèse d'une contestation

Mariage pour tous : la genèse d'une contestation

La principale porte-parole de la "Manif pour tous", l'humoriste catholique Frigide Barjot, raconte volontiers que l'aventure a démarré il y a quelques mois dans un bar branché de Paris entre "une catho, un homo et une gaucho", allusion à ses acolytes Xavier Bongibault et Laurence Tcheng, qui, chacun à la tête d'une association créée pour l'occasion, ont, un temps, porté la voix des opposants au "mariage pour tous". La genèse de la manifestation de dimanche 13 janvier, qui pourrait être l'une des plus importantes de ces dernières années, est un peu différente.

Si l'énergique activiste fut indéniablement présente dès l'origine d'un mouvement de contestation qui a mis près de 100 000 personnes dans la rue le 17 novembre 2012, elle doit en grande partie ce succès à la mobilisation des associations catholiques (militant pour la famille, l'enfance ou contre l'avortement...), à leur capacité d'activer des réseaux à travers la France, à l'efficacité de la "cathosphère" et, surtout, à l'insistance du discours ecclésial qui, depuis le mois d'août, a martelé sur tous les tons son opposition au projet gouvernemental.

MOUVEMENT DE "COLLABO DES SODOMITES"

L'offensive de l'Eglise catholique a démarré lors de la messe du 15 août, au cours de laquelle le président de la conférence des évêques de France, le cardinal André Vingt-Trois, appelait les paroisses à prier pour que "les enfants et les jeunes cessent d'être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l'amour d'un père et d'une mère".

Les prises de position d'évêques, d'intellectuels catholiques se sont alors multipliées, structurant le discours des opposants. Au prix de polémiques, comme ce fut le cas, après les propos du cardinal Barbarin, semblant établir un lien entre mariage gay et polygamie ou inceste.

Mais, dès l'été 2012, un petit groupe de laïcs engagés s'était réuni pour réfléchir aux modalités d'action possibles contre le projet gouvernemental. Très vite, il leur est apparu urgent de couper l'herbe sous le pied de l'Institut Civitas, bras politique des catholiques intégristes, déterminés à agir contre le gouvernement dès l'élection de François Hollande. "On ne pouvait pas laisser les Civitas seuls devant les caméras représenter les catholiques", explique Frigide Barjot, qui s'est fait traiter par ce mouvement de "collabo des sodomites".

"Face aux intégristes, il fallait être dans une relation respectueuse envers les homos pour faire tomber la présomption d'homophobie", ajout Tugdual Derville, délégué général d'Alliance Vita, association créée en 1993 par Christine Boutin pour la "défense de la vie".

Sur le fond, ajoute-t-il, "il fallait déjouer le piège de l'expression "mariage pour tous", formule généreuse, en mettant au centre des débats l'enfant et la filiation". Mais, réticent à s'associer à l'extravagance de Frigide Barjot, Alliance Vita organisera, seule, une première manifestation fin octobre.

MANIFESTATION À "1 MILLION D'EUROS"

Même les plus critiques sur la personnalité ingérable et controversée de Frigide Barjot, reconnaissent aujourd'hui qu'elle est parvenue à créer une unité entre des tribus catholiques jusque-là éclatées et de petites associations non confessionnelles. "Si elle en exaspère certains, elle a réussi à contrebalancer l'image compassée des cathos dans l'opinion publique", admet Erwan Le Morhedec, blogueur vedette de la cathosphère.

Bien qu'ils s'en défendent, et en dépit de leur relative capacité à associer à leur lutte des représentants d'autres religions, des non-religieux ou des personnalités de gauche – Georgina Dufoix, ex-ministre socialiste étant leur dernière "prise de guerre" –, les organisateurs et une grande partie des troupes des opposants demeurent marqués par leur ancrage catholique. Un sondage Ipsos pour Le Pèlerin du 10 janvier, montre que si 41 % des catholiques pratiquants sont favorables au mariage homosexuel (contre 60 % des Français), 70 % sont opposés à l'adoption (contre 54 % de la population).

Dans ce contexte, de nombreux évêques ont indiqué qu'ils seront présents dimanche et ont appelé les fidèles à défiler ; les paroisses et l'enseignement catholique ont, à des degrés divers, relayé les arguments des opposants ou les appels à manifester. Mgr Vingt-Trois a lui indiqué qu'il viendrait "saluer" les manifestants.

Les organisateurs ont aussi reçu le renfort bénévole de laïcs engagés, professionnels de la communication, de la finance ou de la logistique. L'organisation de la manifestation (45 chars, 4,5 millions de tracts, des milliers de T-shirts...), dont le coût est évalué à "1 million d'euros" par les organisateurs, est financée par "les dons privés et des collectes".

PIÈGE DE L'INSTRUMENTALISATION POLITIQUE

Comme tétanisés par la crainte d'être réduits à leurs convictions religieuses, ils récusent pourtant toute mainmise de la hiérarchie catholique sur l'organisation. "Les évêques ont joué leur partition, dit M. Derville. Et dans un contexte de laïcisme à la française, l'Eglise a joué un rôle de bouc émissaire pour les partisans du projet". Mais, insiste-t-il, si les associations catholiques "ont canalisé" les manifestants, la mobilisation est, selon lui "citoyenne" et "spontanée".

Mis à part les évangéliques et l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), qui ont appelé leurs membres à descendre dans la rue, les représentants religieux au niveau national, tous opposés au projet, n'ont pas appelé à manifester. Mais, au niveau local, des mosquées ont affrété des cars. Des non-catholiques et des non-croyants défileront dimanche.

Le piège de l'instrumentalisation politique n'a pas épargné la contestation. Rejoints en cours de route par une partie de l'UMP et du FN, les organisateurs de la Manif pour tous jurent non sans fierté qu'ils ont obtenu des politiques que leurs troupes s'abstiennent de tout slogan politique et que Jean-François Copé lui-même "n'arbore que son écharpe de maire".

Leur échec à obtenir le même engagement des intégristes de Civitas explique la manifestation parallèle que ce mouvement organise dimanche sur le même parcours. "On avait demandé aux pouvoirs publics qu'ils les renvoient de l'autre côté de la Seine", assurent les organisateurs, inquiets de dérapages homophobes et d'une confusion nuisible à leur cause. En dépit de ce risque, ils jugeraient "insensé que le gouvernement ignore" le message de "la manif pour tous".

Source : lemonde.fr

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