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Mariage gay: la bataille se poursuit dans la rue ...

Publié le par STOP HOMOPHOBIE

Mariage gay: la bataille se poursuit dans la rue 
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Mariage gay: la bataille se poursuit dans la rue

Faire autant ou plus que les 100 000 manifestants anti-mariage gay du 17 novembre. L'objectif n'est pas officiel, mais il est dans toutes les têtes, avant les manifestations "pour l'égalité" qui devaient se tenir samedi 15 en régions et dimanche 16 décembre à Paris. Les associations organisatrices LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans) ont reçu dans les derniers jours de nombreux soutiens: syndicats (CGT, CFDT, FSU, UNEF), partis de gauche (PS, Front de gauche, EELV), associations féministes, de défense des droits de l'homme, ou encore parents d'élèves (FCPE) ont appelé à manifester.

L'un des objectifs est de faire monter la pression sur le gouvernement, qui a déçu les militants des droits homosexuels. Déception sur le fond, parce que le projet de loi, qui n'intègre pas la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de lesbiennes, ne va pas assez loin selon eux. Et sur la forme, parce que l'exécutif a jusqu'à présent assez mollement défendu la promesse du candidat Hollande d'ouvrir le mariage et l'adoption aux homosexuels. La phrase du président sur la "liberté de conscience" accordée aux maires qui ne souhaiteraient pas marier des homosexuels – sur laquelle il est revenu – a accru la désillusion. L'enjeu des défilés est aussi de convaincre les députés de gauche, derrière lesquels le président s'abrite pour trancher la question controversée de la PMA.

Mais ces défilés seront aussi une réponse. Une contre-offensive. "Il n'est jamais bon de laisser la rue aux opposants", relève Stéphane Corbin, porte-parole de la coordination Interpride France. La riposte a en fait commencé dès le lendemain du 17 novembre, dans les médias et sur les réseaux sociaux. Après une phase où les opposants au projet étaient très présents dans l'espace public, les pétitions favorables au "mariage pour tous" ont fleuri –même si aucune figure emblématique ne s'impose pour le défendre. Le PS a lancé la sienne. Le monde de la culture s'est mobilisé au travers d'un texte publié sur PureCharts.fr, signé par Julien Clerc, Dominique A. ou Thomas Fersen.

Une quarantaine d'artistes de la scène électronique, dont les groupes Justice et Air, se sont également engagés. L'ancien footballeur Lilian Thuram a comparé "ceux qui refusent le mariage pour tous (...) à ceux qui refusaient l'égalité à des hommes et des femmes parce qu'ils étaient noirs" sur le site communautaire Yagg.com. Sur Twitter, le compte @LeMariagePrTous riposte à @Paritedanslemariage en relayant toutes les positions et arguments favorables au projet.

Les anonymes, de leur côté, piaffent d'impatience d'exprimer dans la rue leur ras-le-bol. Car les homosexuels sont excédés d'entendre les arguments du camp d'en face. Ils ont souvent les mêmes mots: "scandaleux", "insupportable", "choquant", "blessant", "humiliant"... Les homosexuels que LeMonde a rencontrés partagent avec étonnement l'impression de "revenir en arrière" alors qu'ils pensaient être mieux acceptés par la société. "Ce projet de loi a réveillé une haine qui devait exister mais ne s'exprimait pas", avance Justine, 38 ans.

"JE N'AI JAMAIS AUTANT PRIS DE CLAQUES DANS LA FIGURE AU QUOTIDIEN"

"Le pire, ce sont les associations entre homosexualité et pédophilie et zoophilie", témoigne André Olariu, 24 ans. Michaël Bouvard, 32 ans, dit "presque préférer l'homophobie assumée et frontale" aux propos de la meneuse des "anti" mariage gay, Frigide Barjot. "On nous dit qu'on nous aime, mais que ce n'est pas bon pour un enfant d'être élevé par deux personnes de même sexe, détaille-t-il. Comme s'ils étaient supérieurs et savaient ce qui est bon." "Nos vies sont sous la loupe, dit Nicolas Gougain, porte-parole de l'Inter-LGBT. Entendre à longueur de journée qu'on est responsables de la déstructuration de la société, c'est pénible. On a droit à un minimum de respect."

Des propos d'autant plus mal vécus qu'il est difficile de leur échapper, du fait de leur diffusion massive sur les réseaux, les sites et les chaînes d'information en continu. "C'est tous les jours en allumant l'ordinateur", témoigne Laetitia, 33 ans. Ou aux terrasses des cafés, dans les conversations en famille, avec les amis d'amis... Signes tangibles du malaise, les appels aux associations de lutte contre l'homophobie explosent. Le Refuge, qui accueille des jeunes rejetés par leur famille, avait reçu 222 appels au 28 novembre 2012 contre 146 en 2011. "On n'a jamais eu autant d'appels, commente Elizabeth Ronzier, présidente de SOS Homophobie. Il y a un retour de mal-être. Les gens avaient l'impression que la société les acceptait et ce n'est pas le cas."

Certains sont profondément affectés. "C'est le même mécanisme que pour le racisme, explique Maëlle, 25 ans. Ces propos viennent toucher la personne dans ce qu'elle est." "Je n'ai jamais autant pris de claques dans la figure au quotidien, dit Justine. Je suis une bonne personne, pourquoi dire autant de mal de moi ? J'ai l'impression d'être inférieure, d'être un monstre." Alors qu'elle était "très à l'aise" avec son homosexualité, elle a tendance à vouloir "se cacher davantage". Laetitia, elle, a peur des agressions physiques.

"Voir autant de monde derrière une banderole: "La France a besoin d'enfants, pas d'homosexuels", c'est dur", témoigne Jonathan Peru, 21ans. Le jeune homme a vécu un "coming out difficile" avec son père qui "ne voulait pas de ça chez lui". "J'ai l'impression de revivre la même chose vis-à-vis de la France", témoigne-t-il.

D'autres parviennent à prendre plus de distance. Comme Loïc, militant UMP de 28 ans. "J'avais 14 ans lors des manifs contre le PACS, j'ai énormément souffert à l'époque. Aujourd'hui j'essaie de me détacher", dit-il. Il voit dans tout cela de "l'opportunisme plus que de l'homophobie". "La droite fait ça pour exister, et l'Eglise a trouvé un terreau fertile pour revenir dans l'espace public", affirme-t-il. Nicolas Wanstok, 33 ans s'énerve, "tempête devant son poste", mais dit avoir eu le temps de "s'habituer à l'homophobie dans l'espace médiatique". "Je pense surtout aux gamins vulnérables", dit-il.

Gaëlle Dupont

source:http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/12/15/mariage-gay-la-bataille-se-poursuit-dans-la-rue_1806912_3224.html#xtor=AL-32280397

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