Manif’ pour tous : la face cachée du cortège...
Manif’ pour tous : la face cachée du cortège bisontin
Des gentilles familles modèles dans un esprit festif ? C’est en bonne partie tout à fait exact. Mais la carte postale se trouve malheureusement écornée par plusieurs détails de poids. Présence d’identitaires extrémistes et de prêtres en soutane, propos homophobes et signes injurieux, passants hostiles systématiquement oppressés par la police, enfants en bas âge instrumentalisés, anciens élus usurpant l’écharpe tricolore… Ce samedi à Besançon les opposants à l’égalité des droits défilaient, événement que j’ai suivi de près faute d’une contre-mobilisation. Avec un constat sombre, car même si l’apparence donnée et suivie par de nombreux participants a été déclaré réussie, de multiples points compromettants en dehors du débat proprement dit sont étrangement absents des versions officielles, mais démontrent pourtant bien que la manif’ pour tous était loin d’un chantre unanime d’amour et de tolérance.
Une majorité plutôt respectable mais parfois litigieuse
Ils étaient au total environ 500 à manifester dans les rues de Besançon, un flop relatif certes, mais ce n’est pas le sujet. Des familles, des élus, des militants, pour une bonne part âgés et venus des campagnes alentours, qui représentaient l’essentiel des personnes présentes. Calmes et mesurés, avec des ballons et des tee-shirts bleus et roses, selon le cadre imposé par les organisateurs qui souhaitaient rompre avec des scènes extrémistes. Une mise en place sous l’égide du collectif de la manif’ pour tous de Franche-Comté, se déclarant apolitique et non-confessionnel. Faux. Car j’avais déjà émis des critiques solides dans un article du 24 janvier sur ce mensonge, puisque des éléments indiscutables prouvaient ce fait. Parmi ceux-ci, la gérante de ce groupe qui se trouve être directrice départementale d’Alliance Vita, le diocèse de Besançon qui a diffusé un communiqué pour appeler les fidèles à participer, et l’U.M.P. qui demandait à ses membres de venir.
Plusieurs illustrations sont donc naturellement apparues en conséquence. En tête de cortège, ce sont les élus et les divers représentants, tous de droite ou du centre et majoritairement issus des rangs de l’U.M.P. De fait je ne peux qualifier d’honnête la position officielle « d’apolitique » du cortège, puisque lorsque des élus et militants défilent, issus unilatéralement du même bord avec leurs rubans, exposant leurs thèses pour expliquer leur position, cette affirmation est de fait totalement factice. L’on note en plus une faute grave, puisque une certaine Françoise Branget, ex-députée battue lors des élections législatives de 2012 dans le Doubs, défilait avec une écharpe tricolore. Chose totalement interdite par la loi, et qui l’expose à un an d’emprisonnement et 15000 euros d’amende. Mais en dehors de celà, bien que ce soit déjà pas mal, aucuns autres reproches signalés sur ce plan.
Le second point est d’ordre religieux, là aussi vite mis en péril par la présence de plusieurs prêtres en soutane et de membres du clergé. Ouverts d’esprit, approuvant le dialogue, et plutôt tolérants, ils n’avaient rien de grincheux homophobes parfois décriés ailleurs. Néanmoins leur participation en cette tenue avec leur carré de paroissiaux démontre une réelle implication religieuse de l’événement. Position appuyée par une foule de fidèles présents sur place, affirmant un projet « contre-nature » et « contre Dieu » mais sans franchir la limite rouge et les polémiques. Enfin, dernière critique à mon sens importante, c’est bien sur l’instrumentalisation de dizaines d’enfants dont la plupart en bas âge et inconscients de leur engagement. Par soucis de mettre en avant des visages innocents ou de gonfler le taux de participation, ces parents agissent en contradiction avec ce qu’ils prétendent défendre, c’est-à-dire l’intérêt des plus faibles pour le coup exploités sans scrupules.
Pourtant, les jeunes populaires du Doubs ont encore une fois tartiné un tissus d’absurdités par ces écrits : « excellente mobilisation à Besançon contre le projet de mariage et d’adoption pour les couples homosexuels plus de 1 000 personnes dans les rues bisontines de toutes confessions religieuses, de tout horizon politique, de tout âges, bref des françaises et français qui veulent préserver la famille et surtout les enfants. » La vérité, c’est qu’ils étaient moitié moins avec en résultat un échec assez net ; qu’il y avait, si ce n’est pas à un taux de 100%, une écrasante majorité de chrétiens parmi les croyants, et de militants d’un bord dont l’amplitude allait au maximum du Front national à l’U.D.I. (le secrétaire départemental parle d’ailleurs de « 500 ou 600 militants UMP présents ») ; qu’il s’agissait surtout de personnes de plus de 40 ans et de quelques familles qui débauchaient leur progéniture. Je comprends que l’U.M.P. tente de se sauver la face, mais une nouvelle fois, comme dans l’affaire de l’agression raciste, leurs membres devraient limiter les déconnections de la réalité pour paraître un minimum crédible.
Mais, d’une manière globale, pour cette partie des manifestants et des organisateurs, pas de soucis rédhibitoires. L’on peut juste réprouver le fond idéologique et le manque de franchise, mais pas empêcher la liberté d’expression combien même elle est utilisée pour proclamer l’interdiction de droits à d’autres, de manière discriminatoire puisque établie sur la seule base d’une orientation sexuelle. Tout à fait légal et démocratique néanmoins. Un blogueur du nom de Gery H. a d’ailleurs enregistré l’une des allocations d’un officiel au micro, comportant des passages discutables mais non polémiques, montrant le fil commun de la manifestation à ce niveau. Cette vidéo de Natacha88 montre également le modeste cortège rassemblé devant la préfecture.
Un autre visage beaucoup plus obscur
Jusqu’ici, quelques controverses gentilles car j’ai commencé par le plus soft. Mais il n’est pas difficile de trouver des abominations pléthoriques, qui même si elles émanent d’une minorité de participants, illustrent ce que veulent absolument cacher les organisateurs, en l’occurrence une frange clairement homophobe et radicale parmi leurs adeptes. La rumeur courait depuis quelques temps dans le milieu alternatif que le Front comtois ne résisterait sans doute pas à l’occasion d’une mobilisation locale, bien que celle-ci n’était clairement pas encore envisagée à l’époque des suspicions. Un communiqué de leur site, le six février, appelait déjà les francs-comtois et les bourguignons à participer à la démonstration parisienne du 13 janvier.
Manif pour tous - fachos
Dés l’information de la future date Bisontine le 24 janvier, cela ne reste alors que des suppositions, et je disais d’ailleurs à ce moment là qu’il y avait « peu de chance de voir des membres du Front comtois dans cette édition, ou du moins de manière formellement reconnaissable. » Alors qu’une vague d’agressions particulièrement violentes sévit dans le centre historique de la ville, il apparait que des participants ultranationalistes ont pu ostensiblement manifester, apparemment sans rencontrer de difficultés de la part des organisateurs. Qui sont-ils ? Il s’agit d’une quinzaine d’individus de diverses formations de l’extrême-droite dure, constituant une petite faction soudée dans les environs Bisontins. La plupart son nommément reconnus, comme des certains Teddy et Kevin dont le dernier est déjà apparu dans une de mes enquêtes. Bien qu’assez discrets, si ce n’est des rangers, bombers et les fameuses tenues Lonsdales remarquées, ils auraient tout de même sortis très sommairement une banderole du Front comtois ainsi qu’un drapeau des Jeunesses nationalistes selon plusieurs témoins, cela au sein même de la manif’.
Pour rappel, les membres du Front comtois qualifient par exemple les auteurs de violences anti-LGBT serbes de « rempart au désordre moral et à la décadence de leur pays provoqué par le lobby des pédérastes », l’Union européenne comme « des technocrates qui considèrent que les homos, les pédophiles, les zoophiles, les trans et les bis doivent pouvoir exhiber dans la rue leur monstruosité au lieu de la vivre dans la sphère privée [...] » ou encore que « si l’homosexualité est involontaire et ne résulte pas d’un choix délibéré, l’homophobie l’est tout autant, [s’agissant] d’un sentiment instinctif contre une pratique ressentie comme étant contre-nature » selon la même source. Quant aux jeunesses nationalistes, ce n’est pas mieux, car son fondateur, Alexandre Gabriac, a été exclu du Front national pour avoir été photographié à de nombreuses reprises en effectuant le salut nazi. Ses membres entretiennent également une haine particulière des homosexuels, qui s’est exprimée récemment en Franche-Comté notamment avec des affiches et autocollants très parlants
A plusieurs reprises, ces jeunes ont aussi tenté de provoquer des troubles en s’interposant physiquement avec les passants exprimant une hostilité à leurs propos. Mais heureusement pas d’altercations majeures à déplorer. Pour conclure leur fin de cortège place de la Révolution, un drapeau français aurait été exposé avec des fumigènes bleus, blancs, et rouges. En somme une présence en théorie incompatible avec le mot d’ordre officiel, tolérance et respect, mais pourtant acceptée sans problèmes malgré les idées et les comportements. Toutefois la haine n’était pas le monopole des radicaux d’extrême-droite. De nombreux participants dont des organisateurs, n’ont pas hésité à scander des propos tout à fait abjectes aux quelques badauds offusqués d’un tel cortège dans leur ville. « Zoophiles » et « eugénistes » ont été les principales injures, d’autres tentant un dialogue plus construit mais avec les mêmes parallèles débiles sur les paraphilies. Certains manifestants, dont un organisateur qui animait le camion du défilé, ont tout bonnement décidé de faire des doigts d’honneur après ce qu’il semblait être une empoignade.
La morale et l’ordre
Enfin, je salue la présence de la police comme d’habitude censée protéger la population. Le cortège arrivant dans les rues étroites du centre, ne laissait parfois d’autres choix que de bloquer les passants venus pour la plupart faire leurs courses un samedi après-midi faute de place et de fluidité suffisante. Massés en groupe en patientant le passage de la manif, certains n’hésitent alors pas à montrer leur opposition, idéologique ou par ce que la situation commençait à les incommoder fortement, en s’exprimant ostensiblement fort entre eux ou en chantant des phrases hostiles. C’est d’ailleurs le cas de quelques anarchistes souhaitant profiter de l’occasion pour objecter avec véhémence mais sans heurts. Mais très vite la situation tourne en échange d’insultes avec les manifestants, après qu’un d’eux ait essayé une démonstration de force en bousculant un des individus.
Les uniformes avaient alors pour charge de regrouper les non-manifestants aux premier troubles, de les « secouer » si nécessaire, et de les enfermer dans un cordon sécuritaire avec interdiction d’en sortir jusqu’à nouvel ordre, autrement dit une vingtaine de minutes supplémentaires minimum. Des groupes alternatifs de passage entre divers points de la ville, se sont vus eux aussi imposés les mêmes restrictions. J’ai pu constater ce phénomène deux fois en tout, à Saint-Jacques où ces militants pour la plupart fraichement débarqués des périphéries ont été bloqués près d’une demi-heure, certainement par mesure purement préventive, ainsi que place Pasteur où les policiers ont tenté de bloquer toute une foule le plus souvent étrangère à une quelconque revendication politique.
La question du traitement médiatique
D’une manière globale, le traitement médiatique est très moyennement appréciable. Les nombreux aspects évoqués n’apparaissent jamais, nulle part. Manque de professionnalisme, d’un point de chute opportun, ou laissé-aller en prospectant seulement la tête de cortège, les possibilités sont infinies. Ce qui est sur, c’est que le journal MaCommune.info n’a pas jugé judicieux de poser des questions à des participants lambdas par exemple, se contentant de reprendre les informations officielles et les déclarations de l’U.M.P. Et c’est ainsi un travail plutôt détestable qui se dresse, présentant un collectif et un événement de manière parfaitement harmonieuse alors même que des failles criantes sont apparues. Ne représentant certes pas la majorité, mais toutefois indiscutablement négligeables. Et puis, dernièrement, l’on m’a prévenu d’un article de l’Est Républicain paru le jour même à propos d’affiches provocatrices sur le sujet. Je me suis dit chouette, enfin un journaliste se penche sur ces horribles supports apparus à partir du vendredi 25 janvier.
Ayant fleuries dans toute la ville, mais particulièrement au niveau de la rue de Vesoul et de la gare S.N.C.F. Viotte, certaines sont très explicites sur l’idéologie de leur concepteurs : « PS = parti sodomite » ou le plus traditionnel « un papa et une maman. » Non signés mais affichant le logo officiel du collectif la Manif pour tous. Et ils ne sont pas non plus sans rappeler les récents exploits bouffonesques des Jeunesses Nationalistes de Franche-Comté, exposant sans retenue sur les réseaux sociaux leurs collages homophobes jurassiens dont les plus frais sont en l’occurrence sur le sujet. Mais c’est carrément le contraire. Plutôt que de décrier les déjections de certains, ce sont les affiches appelant à l’égalité des droits qui sont jugées provocatrices, avec en prime la crainte de voir la manifestation pour tous « sabotée » par leurs réalisateurs. Manque d’informations et d’éléments sur la face cachée de la mobilisation, jugement sulfureux à propos d’une autre expression elle aussi tout à fait légitime, le monde médiatique est parfois bien à l’envers.
Conclusion
Il apparait désormais clair que le collectif manif’ pour tous commet une tromperie sur son fond réel, se déclarant en dehors d’aspects partisans particuliers de manière mensongère. En effet, il est manifeste qu’une partie nettement majoritaire de ses participants est constituée d’individus prônant, en opposition avec cette affirmation, des valeurs politiques et religieuses en appui de leur position. Ils en ont bien évidemment parfaitement le droit, mais dans ce cas un minimum d’honnêteté est souhaitable. L’on note également un couac notable qui est l’usurpation de l’écharpe tricolore officielle d’une ancienne élue, risquant d’être poursuivie pour ce délit. Mais le plus grave reste bien sur la présence de néo-fascistes et d’homophobes qui scandaient des messages insupportables, acceptation de présence difficilement explicable de la part des organisateurs qui ne pouvaient ignorer ce fait. Comment ont-ils pu intégrer le cortège si facilement, tout en adoptant des idéologies et un comportement inacceptable, et quelles folies ont poussé des élus notamment U.M.P. à manifester main dans la main avec eux ? Prochain rendez-vous national fixé le 24 mars prochain, avec de possibles nouvelles éditions locales, affaire à suivre donc…
source:toufik-de-planoise.net
/image%2F0275172%2F20150501%2Fob_53298e_1012891-672090756222294-73091257969230.jpg)
Commenter cet article