Les Romands unis contre l'homophobie
Les Romands unis contre l'homophobie
Protection
Cinquante-quatre parlementaires emmenés par Matthias Reynard ont déposé une initiative visant à protéger l’orientation sexuelle de toute discrimination publique.
Tout va-t-il si bien pour les homosexuels en Suisse? Selon la Confédération, qui vient de répondre le 15 mars au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, il n’y a pas de problème particulier. La Suisse a rejeté les recommandations de ce conseil visant à corriger les discriminations basées sur l’orientation sexuelle. La secrétaire romande de l’Organisation suisse des lesbiennes (LOS), Barbara Lanthemann, déplore ce déni: «La Confédération a répondu qu’on avait une loi sur le sexisme. Pour le reste, elle a botté en touche.»
Climat de violence
Les lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) constituent les quatre orientations sexuelles qui s’estiment insuffisamment protégées. Cela représente environ 5% de la population. Dans une position commune, les cinq organisations nationales – LOS, Pink Cross, Familles arc-en-ciel, Transgender Network Switzerland et LBGT Youth – regrettent que «les propos haineux tenus à l’encontre de la communauté LGBT dans l’espace public ne soient pas punis pénalement. Ce climat de violence crée un stress grave, qui peut conduire à la dépression et au suicide, dont les tentatives sont cinq fois plus nombreuses chez les personnes LGBT».
L’affaire Gregory Logean, du nom d’un membre de l’UDC valaisanne qui avait qualifié tous les homosexuels de «déviants», est symptomatique. Le cas est remonté jusqu’au Tribunal fédéral qui a débouté à fin 2010 une quarantaine de plaignants faute de base légale. Ainsi, le conseiller national Matthias Reynard (PS/VS) vient de déposer à Berne une initiative parlementaire qui veut ajouter à l’article 261bis du Code pénal la discrimination sur l’orientation sexuelle aux côtés de l’appartenance raciale, ethnique ou religieuse. 54 parlementaires ont signé ce texte.
Parmi eux, beaucoup de ses collègues socialistes, mais aussi une forte représentation des Romands du PLR. Pour Fathi Derder (PLR/VD), «il s’agit tout bêtement de combler une lacune». Jean-René Germanier (PLR/VS) souligne la constance de son parti sur la question de l’orientation sexuelle: «En 2005, nous avions déjà soutenu le partenariat enregistré avec la gauche.» Pour la Vert’libérale vaudoise, Isabelle Chevalley: «On voit encore trop de discrimination et on mesure mal la souffrance que cela provoque. Une base est nécessaire.»
PDC divisé
Par contre, au PDC le sujet divise. Jacques Neyrinck, Viola Amherd ou Lucrezia Meier-Schatz ont signé le texte, mais d’autres préfèrent rester en retrait, comme le vice-président Dominique de Buman. Enfin à l’UDC, on est, par principe, réticent à l’article 261bis. Pour Guy Parmelin (UDC/VD): «Il s’agit de la liberté d’expression. Il peut y avoir parfois des déclarations assez fortes, qu’on ne partage pas, mais elles ont le mérite de provoquer la discussion. En Suisse, à la fin, tout ce qui est excessif, le peuple le rejette.» Au vu des enjeux politiques et émotionnels qui entourent cette question, il n’est pas impossible que le peuple se prononce un jour.
(Le Matin)
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