Les agresseurs du bar gay derrière les barreaux
Les agresseurs du bar gay derrière les barreaux
Ils sont en prison. Les trois hommes qui ont agressé un employé et les deux patrons du bar gay Le Vice Versa à Lille, mercredi, mis en examen pour violences volontaires et injures homophobes, passaient vendredi en comparution immédiate. Ils seront finalement jugés le 13 mai. La juge les a longuement interrogés. Ils ont été placés en détention provisoire.
Ils contestent les faits : des coups, des insultes homophobes, des jets de chaises dans la vitrine du bar. Deux d’entre eux reconnaissent des «dégradations». La procureure parle de «pluie d’injures», signale que certains portent des « tatouages en lien avec des idéologies extrémistes ».
L’affaire a été en partie filmée. Sur la vidéosurveillance, raconte la juge, «on voit un échange de regards», avec une victime. «Et hors champ de caméra, quelque chose qui ressemble à des coups», continue la juge. «Il y a eu des chaises utilisées comme des armes pour frapper. On a un témoin qui confirme.»
Qui sont ces trois hommes ? Yohan M., 25 ans, sweat gris à capuche, est agent de réseau aux Eaux du Nord, en CDI depuis 7 ans, il a toujours travaillé. Il a un BEP sanitaire et thermique, un CAP de canalisateur. Il vit chez ses parents. Au travail, tout va bien : l’employeur confirme. Idéologie ? Yohan M. se penche sur le micro : «Extrême droite. Pas forcément politisé.» La juge insiste : sa présence dans le bar mercredi soir avait-elle à voir avec ses «idées politiques» ? «Rien à voir.»
Jean-Philippe B., 18 ans, le plus jeune, cheveu noir très court, joues creusées, réajuste tout le temps son sweat bleu à capuche autour de son cou. Il est connu du juge des enfants au titre de l’enfance en danger. Il a été placé en foyer à l’âge de six ans. La juge lit le dossier de l’Aide sociale à l’enfance : son beau-père l’a suspendu par les pieds dans le vide, du haut du balcon, et l’a nourri de pain sec et d’eau. Selon son avocat, son père a été condamné à tort à 10 ans de prison pour viol sur sa fille, sur la foi de faux témoignages de la mère et du beau-père. Jean-Philippe B. vit d’intérim, sa dernière mission remonte à 15 jours. Il trouve des missions «facilement». Reconnaît être d’extrême droite quand la juge le lui demande, mais ne voit pas de lien avec sa présence au bar gay. Il avait commencé un bac pro mécanique, mais a été viré de son lycée après une rixe. Il a commencé un CAP de couverture, interrompu aussi. «Je fréquentais la belle-sœur du patron, ça lui plaisait pas.»
Flavien M., 24 ans, est marié depuis deux mois avec une modéliste, qui le trouve «attentionné», il a un garçon de 21 mois, est propriétaire. Il a un BEP de canalisateur, il travaille avec Yohan M. Il ne se reconnaît pas d’extrême droite. Il était à «une manifestation en début de soirée». La manifestation contre le mariage pour tous place de la République, c’est probable. Il ne comprend pas pourquoi il est dans le box. «C’est disproportionné.» Ce soir-là, il avait trop bu. «Je ne bois pas souvent, mais quand je bois, c’est beaucoup.» La juge : «Vous avez l’alcool méchant.» Flavien M. : «Non.» Il a pris rendez vous avec un addictologue le 24 avril. Il n’y sera pas, il attendra son jugement en prison. «Je rejoins mes camarades sur le fait que c’est disproportionné. Il y a eu juste des dégradations et quelques violences.» La juge : «Vous étiez aux premières loges.» Fabien ne se démonte pas : «Sur le fait, non. J’étais au coin de la rue.» Jean-Philippe, interdit de stade, a reconnu devant les enquêteurs qu’il était «un peu hooligan».
source:liberation.fr
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