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La gay pride n'est pas là pour donner une bonne...

Publié le par Gays,clips,infos

La gay pride n'est pas là pour donner une bonne...

La gay pride n'est pas là pour donner une bonne image de l'homosexualité

"Le problème avec la gay pride, c'est qu'elle donne une mauvaise image de l'homosexualité". La phrase n'est pas hostile. Et pour cause, elle émane souvent d'un ami, de quelqu'un de gay friendly, voire d'un gay lui-même. Au-dessus de tout soupçon d'homophobie, donc.

Alors, la gay pride doit-elle donner une bonne image des homosexuels? La question ne se pose pas. Ou plutôt, faudrait-il refuser de la poser. Mais essayons tout de même pour voir...

Cape d'invisibilité

D'un côté, il y aurait donc ceux qui donnent une bonne image de l'homosexualité, ceux qui par leur attitude, la rendent acceptable. Ceux-là méritent une reconnaissance de leur orientation sexuelle tant qu'elle se fait discrète. L'invisibilité érigée en vertu.

De l'autre côté, il y aurait ceux qui desservent la cause et la plombent avec leur bizarrerie, ceux qui détonnent sur le pavé. Bref, il y aurait les bons pédés et les mauvais pédés. Inutile de préciser à quelle catégorie appartiennent ceux qui se déhanchent à demi-nus sur un char...

Au passage, il ne viendrait à personne l'idée de chercher une bonne image de l'hétérosexualité. On pourrait s'arrêter là. A ce refus absolu de négocier une homosexualité acceptable, de distinguer des individus à leur démarche ou à la sobriété de leurs revendications.

Pourtant, il faut admettre que l'homophobie se nourrit de la gay pride. C'est vrai, les stéréotypes qu'elle stigmatise s'y incarnent et elle y trouve certainement une cible de choix pour faire valoir que, décidément, tout ça n'est pas normal.

Mais partons plutôt de la gay pride pour comprendre les réactions hostiles qu'elle suscite, et non l'inverse.

Un monsieur qui porte une robe. Ca vous trouble?

Au fond, qu'y a-t-il de si dérangeant dans cette parade? Comme toujours, le diable est dans les détails, souvent vestimentaires (pas seulement chez Prada). Alors soyons concrets, parlons lycra.

Les shorts sont courts et moulants. Les robes aussi. Ils suggèrent les formes... Rien de très choquant jusque-là. Seulement, sous le tissu ce ne sont pas souvent des femmes (officiellement). Les corps et les sexes que l'on devine sont «masculins». Ce tableau sera répété de nombreuses fois dans les rues parisiennes. En l'observant certains seront hilares, d'autres extrêmement mal à l'aise. La gay pride fait mauvais genre.

Quoi qu'on en dise, c'est là, pour ses détracteurs, tout le problème. Elle affirme des sexualités en dehors de la norme hétérosexuelle et réclame qu'elles soient publiquement acceptées. Pire encore, et voilà pourquoi le quidam peut s'en émouvoir, elle jette un trouble dans la frontière entre hommes et femmes. Qu'un homme couche avec un homme ou qu'une femme couche avec une femme, passe encore. Mais si un homme ne fait pas homme et si une femme ne fait pas femme, rien ne va plus. Cette remise en question du genre rayonne au-delà de la portée d'un char et de la durée d'une parade.

La marche des fiertés s'inscrit pourtant dans une forme traditionnellement admise de subversion, celle du carnaval. C'est le propre du carnavalesque de jouer, à un moment précis, une inversion des rôles sociaux pour mieux remettre en cause leurs fondements. L'outrance est sans invective et cette subversion s'opère sur le mode satirique. En l'occurrence, l'arbitraire des attributs de genre (tenues, attitudes) est tourné en ridicule.

Mais vous êtes folles ? Oh oui

Bien sûr, tous les homosexuels ne sont pas comme ça. Mais voici la question fondamentale: et s'ils l'étaient? Oui, si tous les gays étaient des folles? Et si les lesbiennes étaient toutes des camionneuses ? Mériteraient-ils autant d'être reconnus?

Parce que la réponse est oui, la gay pride doit tous les représenter, jusqu'au dernier. D'abord le dernier. Car c'est lorsque les plus stigmatisés seront acceptés que l'horizon du combat pour l'égalité et le droit à la différence sera atteint. L'intérêt de la marche LGBT est bien celui-ci : unir les causes sans détacher les plus faciles.

C'est pourquoi, lors de la gay pride, nous sommes toutes et tous des folles, des tantouzes, des pédales, des gouines, des goudous et des travelos.

En attendant le jour où on trouvera absurde de chercher une bonne image de l'homosexualité, la parade devra encore chatouiller quelques consciences avec ses plumes.


Julien Jeffredo

Journaliste

source:huffingtonpost.fr/

photo:Valentin Evol

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