Des associations dénoncent la "radicalisation"...
Des associations dénoncent la "radicalisation" des actes homophobes
"Je suis désolé de vous montrer ça. C'est le visage de l'homophobie." La légende de la photo postée par Wilfred de Bruijn sur son profil Facebook, dimanche, et qui a depuis beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, explique pourquoi ce Néerlandais a voulu médiatiser son agression, survenue dans le nuit du 6 avril dans le 19e arrondissement de Paris.
"Mon ami a pris la photo dimanche matin, après la nuit passée aux urgences. Au départ, c'était pour la police", raconte-t-il au Monde lundi, après son retour du commissariat, où il a porté plainte pour "agression volontaire en réunion avec caractère homophobe". "Puis j'ai décidé de la rendre publique, en sachant que dans mon réseau, il y avait des personnalités et des associations pour relayer cette image."
Si les circonstances précises de son agression restent floues pour lui – "Je ne me souviens de rien, je me suis réveillé en sang dans l'ambulance" –, son ami, avec qui il marchait bras dessus bras dessous au moment de l'agression, assure : "Trois ou quatre personnes nous sont tombées dessus après avoir remarqués 'Tiens, voilà des homos'." Wilfred assure, par ailleurs, qu'on ne lui a "rien volé".
Cet ancien militant du Centre lesbien, gay, bi et trans de Paris et Ile-de-France estime qu'il y a "un lien entre ce genre d'actes et le climat politique actuel. Je ne veux pas faire d'amalgames, mais c'est ma réponse aux propos choquants et terrifiants qu'on a entendus dans le débat public ces derniers mois [à propos du "mariage pour tous"], tenu par des personnes censées être responsables, comme Henri Guaino ou l'archevêque de Paris".
S'il a retiré tous les miroirs de son appartement "parce qu'[il] ne supporte plus [s]on visage", Wilfred a néanmoins accepté que cette photo soit affichée sur les pancartes qui seront brandies lors de la manifestation du 10 avril à Paris, qui aura pour objectif de dénoncer les récentes agressions et provocations homophobes. Le rassemblement est organisé par Act Up Paris et le collectif Oui oui oui. Le collectif se dit "inquiet de la flambée de haine et de violence" et appelle les pouvoirs publics à "prendre les mesures nécessaires pour faire cesser les agressions homophobes, lesbophobes et transphobes".
"RADICALISATION DES COMPORTEMENTS PAR MIMÉTISME"
Le constat est le même au Refuge, une association qui accueille des jeunes homosexuels de 15 à 25 ans rejetés par leur famille. Elle aussi a vu tripler son nombre d'appels. Elle reçoit depuis décembre entre 400 à 450 appels par mois, contre 150 en moyenne par mois en 2011 et 2012. "Il y a une hausse des appels de jeunes en situation d'isolement, souligne Nicolas Noguier, le président et fondateur de l'association. Ce sont des profils dont nous n'avions pas connaissance avant, des jeunes dont les parents tiennent des propos homophobes lorsqu'ils regardent la télévision en famille, par exemple."
Nicolas Noguier fait également état de signalement de nombreux cas d'homophobie dans les cours des lycées. "Avec les prises de position qui se sont radicalisées, il y a une radicalisation des comportements par mimétisme. On ne pense pas qu'il y a une augmentation de l'homophobie, mais le débat sur le mariage pour tous agit plus comme un révélateur, ajoute-t-il. Il permet une certaine libération de la parole homophobe." Pour lui, la loi actuellement au Sénat est "nécessaire", mais "elle s'accompagne de dommages collatéraux importants".
Aider le refuge:http://www.le-refuge.org/
Michaël Szadkowski et François Béguin
source:lemonde.fr
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