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HOMOPHOBIE DANS LE RAP FRANÇAIS : ENQUÊTE SUR UN TABOU QUI PERSISTE

Publié le par justin

HOMOPHOBIE DANS LE RAP FRANÇAIS : ENQUÊTE SUR UN TABOU QUI PERSISTE

DISCRIMINATION - Le milieu du rap est-il toujours ce monde machiste et homophobe véhiculé par les clichés ? Les lignes sont en train de bouger aux Etats-Unis depuis les coming-out des rappeurs comme Frank Ocean ou Azealia Banks. Qu'en est-il en France ? Notre enquête montre que les tabous ont toujours la vie dure.

"Soyez bruyant et fier". Début juillet s’est tenu le festival de cultures et musiques queer Loud & Proud à Paris. A l'affiche : des rappeurs américains ouvertement homosexuels comme Mikky Blanco ou Big Dipper. Mais, surprise, aucun rappeur français au programme. Il faut dire que les Etats-Unis ont pris une longueur d'avance avec l'émergence du "rap queer" depuis le début des années 2010.
 
Dans son dernier album sorti le 21 juillet dernier, le rappeur américain Tyler The Creator laisse entendre qu'il pourrait être homosexuel. Avant lui, les artistes Frank Ocean et Azealia Banks avaient successivement révélé leur bisexualité. Un coup de tonnerre dans un milieu musical réputé frileux sur le sujet. "Le coming-out de Frank Ocean a été l’un des déclencheurs aux Etats-Unis", estime Eloïse Bouton, journaliste et fondatrice de Madame Rap.
Mais en France, c'est toujours compliquéEloïse Bouton
Depuis, les rappeurs 50 Cent et Jay-Z ont ouvertement parlé de l'homosexualité de leurs mères. Macklemore a écrit une chanson sur la tolérance vis-à-vis du mariage pour tous... "Mais en France, c'est toujours compliqué", regrette Eloïse Bouton. Car si le sujet se débloque outre-Atlantique, dans un pays où les propos homophobes d'Eminem ou d'Elephant Man avaient défrayé la chronique, c'est encore loin d'être le cas dans l'Hexagone.
 
En 1998, Kerry James - alors dans le groupe Ideal J - clamait : "Deux pédés qui s’embrassent en plein Paris, Hardcore." (du nom de la chanson). Sept ans plus tard, Rohff claironnait en toute tranquillité : "En tant qu’antipédé, ton colon j’viens briser" dans sa chanson On fait les choses. En 2010, Sexion d’Assaut assurait être "100% homophobe et l’assumer" dans une interview à Hip-Hop International avant de s'excuser.
 
L'homosexualité est pourtant un thème récurrent dans d'autres courants musicaux comme la variété française, la pop, le rock ou la musique électronique. Déjà en 1991, Céline Dion chantait Ziggy, l'histoire d'une femme amoureuse d'un garçon homosexuel. Dix-huit ans plus tard, le chanteur Emmanuel Moire faisait son coming-out dans le magazine Têtu. Alors comment expliquer un tel retard dans l'industrie du rap ?
 
Les mecs se lancent des ‘pédés’, des ‘tarlouzes’ ou des ‘pédales’ comme les enfants se jettent des crottes de nez Thomas Blondeau
Dans les textes, "tout est dit de manière très cash, avance la rappeuse nantaise Pumpkin. C'est ce qui fait qu’on peut trouver beaucoup plus de violences que dans d’autres genres musicaux". Pour Thomas Blondeau, journaliste et auteur de Hip-hop une histoire française (Editions Tana), c'est parce que "la société ne tolère toujours pas l'homosexualité que le rap, qui ne parle que de la société, se retrouve dans ces travers-là".
 
Autre élément de réponse : "l'égo-trip". "Le rap est un milieu très macho qui a toujours mis en avant la virilité. Traiter l’autre de 'pédé' est le meilleur moyen de dire que vous êtes le mâle dominant et que l’autre est une femelette". Des échanges d’amabilités que le journaliste compare à une ambiance de "cour de récré" : "Les mecs se lancent des 'pédés', des 'tarlouzes' ou des 'pédales' comme les enfants se jettent des crottes de nez, mais je ne suis pas sûr qu’au fond ce soit de l’homophobie. Plutôt une forme de conformisme social, 'pédé' étant une des insultes les plus bêtement répandues dans la société".
 
"Il n'empêche, c'est un fait, enchaîne-t-il. Il y a de nombreux rappeurs vraiment homophobes". Une homophobie latente qui puise aussi ses racines dans les origines de ce courant musical. "C’est exacerbé dans le milieu du rap car un certain nombre de rappeurs sont issus de cultures ou ont des convictions religieuses qui ne sont pas tolérantes avec l’homosexualité", détaille-t-il. Un avis que partage le directeur général de Skyrock, Laurent Bouneau : "La plupart du temps, les artistes français qu’on développe sont issus de pays où l’homosexualité est condamnée ou réprouvée". Il cite en exemple Rohff, originaire des Comores et élevé par un père imam. "Il a grandi dans un état d’esprit où la cause homosexuelle était combattue".
J’ai fait face à beaucoup d’homophobie de la part de majors qui ne souhaitaient pas me soutenirMikky Blanco

 

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