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« Nous voulons une égalité pleine et entière »

Publié le par Gays,clips,infos

« Nous voulons une égalité pleine et entière »

« Nous voulons une égalité pleine et entière »

Entretien avec Bernard GACHEN / Association Les Bascos

Giuliano CAVATERRA

Samedi à Biarritz aura lieu la Marche des fiertés lesbiennes, gaies, bi et trans. Une journée qui débutera à 12 h 30 avec un village associatif et un pique-nique sur l’esplanade du phare et qui sera marquée par le traditionnel défilé (16 heures). Un défilé qui intervient dans un contexte particulier avec l’adoption récente de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe. Mais un contexte marqué aussi par les tensions qui ont accompagné ce débat avec une hausse de propos et d’actes homophobes. Le JPB revient sur ces événements avec Bernard Gachen, président des Bascos, l’association LGBT du Pays Basque Nord.

L’État français vient d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe. Qu’est-ce que cela change ?

Tout d’abord, de façon générale, c’est un pas supplémentaire vers l’égalité des couples. Concrètement, ça veut dire que pour la succession, on n’est plus obligés de rédiger un testament. Ça implique aussi une pension de réversion en cas du décès d’un conjoint aux revenus plus importants. Pour les familles homoparentales aussi, ça va permettre de faire bouger les choses. Jusqu’à présent, un des parents était clandestin. Maintenant, il va pouvoir adopter. De plus, en cas de divorce, il y aura des droits et des devoirs à respecter. Par exemple, le versement d’une pension compensatoire pour l’éducation de l’enfant, et puis un droit de visite qui sera reconnu.

Par extension, ça va permettre aux enseignants, qui ne sont pas forcément formés à ces questions, d’appréhender différemment la question dans leurs classes. Au niveau des classes, il y a des enfants de parents de même sexe, on ne peut plus aborder la question de “papa, maman” comme auparavant. Cela va permettre aussi plus de respect et de lutter contre l’homophobie à l’école. Car elle est très présente, notamment au collège. En cinquième, l’homophobie est abordée dans le cadre de cours sur les discriminations, mais ça n’est pas suffisant. Concrètement, il y a des cas de tentatives de suicides au collège !

Le débat sur la loi a mis en évidence une montée de l’homophobie…

Il y a plusieurs facteurs qui l’expliquent. Tout d’abord, à chaque moment où il y a un changement, il y a un statu quo qui est remis en question et ça crée des tensions. Il y avait un statu quo après bien des tensions, depuis la création du Pacs en 1999. Ce statu quo a été remis en question puisqu’on allait plus loin vers l’égalité avec le mariage et ça a donc généré des tensions. L’autre aspect, c’est que ces tensions sont arrivées à un moment de crise dans le pays. Crise économique, peut-être aussi crise morale, quelque part. Or, la famille, c’est un petit peu le refuge pour se protéger de cette société en crise. Les forces hostiles à la loi, la hiérarchie catholique, l’extrême droite et une partie de la droite ont donc fait croire que la famille était en danger. Ils ont pris soin d’affirmer que leur combat n’était pas homophobe, mais en faveur de la famille. Des gens ont donc pu avoir peur d’une perte de repaires. C’est un élément.

Autre élément, le gouvernement l’a installé dans un temps long. Ça a donné le temps aux adversaires de l’égalité de se mobiliser. Nous, on avait demandé que ça aille vite. Un peu comme avait fait Mitterrand avec l’abolition de la peine de mort.


Mais au-delà, vous ne pensez pas qu’il y a une résurgence de l’homophobie ?

Les forces hostiles à la loi, plus particulièrement la hiérarchie catholique avec localement l’évêque de Bayonne Aillet, ont ouvert la boîte de Pandore. En disant qu’on mettait en danger la société, ils ont libéré la parole homophobe. Par la suite, on a vu apparaître des groupuscules qui en sont arrivés à la violence. Il faut remettre ça aussi dans un contexte européen. Il n’y a pas qu’en France qu’il y a de l’homophobie. Ceci dit, dans les autres pays, tout le monde a été surpris du niveau de tension engendré.

Pour revenir sur la loi, cela va beaucoup plus loin que la simple question du mariage. La question posée était aussi quel type de société nous voulons. Voulons-nous d’une société fermée, repliée sur des certitudes absolues, d’ordre divin même en ce qui concerne l’Église, ou voulons-nous aller de l’avant ? Nous ouvrir sur les autres ? Nous sommes à ce carrefour-là. C’est parce que nous sommes à ce carrefour que nous avons été pris malgré nous dans cette tourmente. Car finalement, bien que nous ayons été présentés comme un puissant lobby, nous n’avons pas la puissance financière et médiatique de l’Église. Et finalement, le mariage pour les personnes de même sexe ne concernera que quelques milliers de personnes.

Le maire d’Arcangues refuse de célébrer un mariage. Les déclarations de F. Hollande au congrès des maires de France n’ont pas ouvert la voie à ce genre d’attitude ?

Pour ce qui est du mariage à Arcangues, il aura lieu. L’état civil a été rouvert à Arcangues, une demande a été déposée, maintenant, la mairie a dix jours pour statuer. On lui demande pas de renier ses convictions, mais il a le devoir de faire appliquer sa loi et il peut déléguer s’il ne veut pas lui-même faire le mariage. On n’est plus dans le temps de l’oral, on est dans le concret. On entend moins M. Colo, d’ailleurs. Il faut dire qu’il s’est retrouvé un peu isolé. Hormis l’évêque, il n’a pas de soutien politique. Les autres maires opposés à la loi, si certains ont eu des mots de soutiens à Colo, aucun ne s’est engagé à empêcher qu’un mariage ait lieu sur sa commune. Quant aux déclarations de Hollande, ça nous a fait hurler à l’époque. Cette déclaration était due à mon sens à une absence de ligne claire de l’exécutif. Dès le lendemain, d’ailleurs, il recevait une délégation de l’Inter-LGBT. Mais sur cette question, ne nous trompons pas d’ennemis : c’est bien parce qu’il y a un gouvernement et une majorité de gauche au Parlement que la loi a été votée. Au niveau local notamment ; il y a eu un fort engagement des parlementaires C. Capdevielle et S Alaux.

Après l’obtention du mariage, quelles sont maintenant les revendications du mouvement LGBT ? Quelle va être l’action des Bascos ?

Le thème de la Marche des fiertés sera cette année “Allons plus loin dans l’égalité”. Une première marche a été franchie, mais nous voulons une égalité pleine et entière. Après avoir été repoussé à plusieurs reprises, le projet de loi famille devrait être examiné à la fin de l’année, lors duquel sera abordée la question de la PMA (procréation médicalement assistée). Nous souhaitons que la PMA soit ouverte à tous et toutes, pas seulement d’ailleurs les personnes de même sexe. Nous aurions préféré que le gouvernement fasse un seul paquet. Malheureusement, il a préféré scinder la question en deux, peut-être par peur de l’opposition suscitée. Du coup, ça risque d’être un débat très difficile. Au niveau local, notre association souhaite investir plus l’espace public. Nous y sommes présents par le biais médiatique, mais nous souhaitons aller plus au contact de la population. Nous serons par exemple présents au festival Euskal Herria Zuzenean. Nous allons aussi ouvrir un espace, sans doute sur Bayonne. Il s’agira de répondre aux attentes des publics LGBT, mais aussi aux questions des familles et plus largement de la population. Il y aura aussi des moments festifs et surtout, nous y organiserons des conférences.

Au Sud, on est passé de la sphère publique à la sphère intime

Dans l’État espagnol, la loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe a été adoptée il y a sept ans. Récemment, le Tribunal constitutionnel a confirmé sa validité remise en cause par le Parti populaire (droite) actuellement au pouvoir.

Qu’est-ce qui a changé depuis qu’elle est en vigueur ? Pour Carma, membre de l’association Gehitu de Donostia, “on ne peut pas dire que l’homophobie a reculé. Il y a toujours un décalage entre ce qui se passe dans les institutions et la société. Cependant, c’est un plus, mais le combat n’est pas fini”. Une autre sympathisante de l’association va dans le même sens : “C’est surtout au niveau institutionnel que ça change. Par exemple, à l’école, le deuxième père ou la deuxième mère est maintenant reconnu.” Elle affirme aussi que les gens se marient surtout pour “avoir un cadre blindé”, notamment en terme de succession, “plus que pour faire une grosse fête”. Sur le débat ayant eu lieu dans l’État français, elle explique qu’“ici, les gens ont été très surpris par la tournure que ça a pris. Mais je pense qu’il y a une montée de la réaction. Si le débat avait lieu ici, maintenant, je pense que ça serait pareil”.

B. Gachen participait hier à une conférence de presse à Donostia avec les associations locales. Pour lui, l’État espagnol est très en avance par rapport à l’État français. “Là-bas, les associations LGBT ont pignon sur rue, elles sont subventionnées, elles ont même des permanents. Ils sont même en avance sur l’intégration des transsexuels. Et au festival Zinemaldia, il y a même un prix LGBT !” Quant au mariage, “c’est rentré dans les mœurs. Il n’y a plus débat. Le Tribunal constitutionnel a tranché. La question a quitté la sphère publique pour rejoindre la sphère de l’intimité”.
Sarean Zer, la nouvelle dans autres sites:



source:lejpb.com

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